biotechnologies

Les soixante-dix dernières années ont vu l’émergence, puis l’hégémonie, des technologies de l’information. Ordinateurs, programmes, téléphones portables, internet, réseaux sociaux, intelligence artificielle, etc. Le début de notre XXIème siècle est jusqu’à présent celui des Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft (GAFAM) et autres entreprises qui tirent leur puissance de ce que nous avons pris l’habitude de dénommer “la donnée”. Il y a soixante-dix ans, la structure de l’ADN et la façon dont elle guide le développement des êtres vivants étaient presque inconnus. A la fin des années 1990, alors qu’internet connectait déjà des milliards de personnes dans le monde, nous ne connaissions pas encore la séquence complète de notre propre génome. La biologie n’était pas encore une science de l’information.

Ce temps est révolu. Depuis la première séquence complète du génome humain au début des années 2000, qui nécessita des milliers de chercheurs à travers le monde pour un coût de plusieurs milliards, nous générons aujourd’hui des milliers de génomes tous les mois pour un coût unitaire de quelques milliers d’euros.

La biologie est maintenant capable de modifier volontairement et spécifiquement l’ADN d’individus à naitre, guérir des malades par thérapie génique, modifier les gènes d’un plant de maïs avec ceux d’une bactérie, remplacer les organes d’un être vivant par des machines ou des composants bioniques fabriqués en laboratoire. Les milliards de milliards d’octets de données biologiques humaines existantes et continuellement générées (génomes, imagerie médicale, dossiers de santé, données personnelles sur l’activité physique, etc.) permettent maintenant de prédire le risque à vingt ans d’avoir une crise cardiaque, de développer un cancer ou la probabilité qu’un inconnu soit votre cousin au troisième ou quatrième degré.

Les GAFAM l’ont largement compris et investissent maintenant l’essentiel de leur budget R&D dans leurs divisions biotechnologiques. Combien de temps avant que les produits phares de ces entreprises deviennent des biotechnologies ? Pendant longtemps, les technologies issues de la biologie furent principalement des objets académiques, utilisés à des fins de recherche fondamentale, plutôt que des objets industriels. Aujourd’hui, tout comme ce fut le cas pour l’intelligence artificielle et l’informatique, une importante part des progrès en biologie se font au sein des corporations. L’impact sur notre société est monumental, c’est une marée d’innovations basées sur la génomique, la biologie moléculaire et cellulaire qui demain bouleversera nos usages, comme l’ont fait internet, les réseaux sociaux, les objets connectés. Les futurs candidats GAFAM s’appellent Regeneron, Genentech, 23andMe.

Dans ce contexte, les États s’emparent lentement de ces problématiques, au fur et à mesure que leurs citoyens découvrent l’impact potentiel de ces biotechnologies sur leur vie quotidienne. Des pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Estonie, l’Islande, la Chine, ont mis en place des politiques avancées de séquençage de leurs patients et de collecte de leurs données. Ces pays construisent de gigantesques biobanques pouvant contenir les données biologiques de millions de leurs concitoyens dans des buts de recherche fondamentale, appliquée et commerciale, mais aussi pour des raisons de souveraineté nationale. Qui contrôle ces données, contrôle une importante partie des savoirs biotechnologiques pouvant déboucher sur de nouvelles thérapies, de meilleures prises en charge, mais aussi des prédictions de risques à l’échelle de l’individu et à l’échelle des populations.

La France compte des centaines de groupes, académiques et industriels, experts en biotechnologie, mais pourtant, elle a accumulé un certain retard dans la course à ces initiatives, en partie pour des raisons historiques et politiques. Par exemple, les tests ADN réalisés par 23anMe et autres entreprises aux Etats-Unis sont à l’heure actuelle interdits en France. Pourtant, plusieurs centaines de milliers de Français contournent l’interdiction voulant absolument savoir ce que révèlera leur ADN. Si le véritable bénéfice de ces tests n’est pas démontré, il se pose des questions de société essentielles comme la question du devenir d’un individu qui découvrirait par ce type de test un risque élevé de maladie incurable et qui n’aurait alors, du fait de l’interdiction, aucun professionnel de santé vers qui se tourner pour l’aider à interpréter ce résultat et agir en conséquence. Un autre dilemme est celui des OGM dont l’utilisation en agriculture est interdite dans le cadre du principe de précaution. Si la majorité du public adhère à cette limitation, qu’en serait-il des traitements de dernière génération contre le cancer, qui emploient des cellules immunitaires génétiquement modifiées, donc OGM, puis injectées au patient et qui semblent garantir des taux de survie largement supérieurs à leurs prédécesseurs chimiques ? Les révolutions autour des systèmes d’édition du génome apportent avec elles de grandes questions de société qu’il advient d’adresser dans un contexte où la France, et l’Europe en général, encouragent l’innovation et la création de valeurs, d’emplois, par les startups et dont une partie grandissante sont des entreprises de biotechnologies. Comment faire vivre ensemble, les enjeux éthiques, de société et l’innovation de pointe pour le bénéfice du plus grand nombre ? L’objectif du GTT Biotechnologie est d’aborder ces questions, d’évaluer l’impact des biotechnologies sur la société et d’envisager des pistes pour les chercheurs, décideurs et entrepreneurs qui façonneront le paysage biotechnologique de demain.

Auditions

15.04.21

Catherine Bourgain, directrice du Cermes3, généticienne, directrice de recherche à l’Inserm et spécialiste des technologies de la génomique haut débit dans le contexte du développement de la médecine dite personnalisée.

Séminaires

Groupe de travail piloté par :

Dr. Alex Peluffo

Alex Peluffo est diplômé de l’École normale supérieure de Paris (biologie 2011), titulaire d’un doctorat en génétique statistique de l’université Paris Diderot, d’un master en génomique de l’université Pierre et Marie Curie et d’un master en philosophie des sciences de l’université Paris I Panthéon Sorbonne. En tant que Lead scientist, il effectue ses recherches,  à l’interface entre génétique et intelligence artificielle chez Pharnext à la recherche de nouveaux traitements contre des maladies telles que la maladie d’Alzheimer et la maladie de Charcot-Marie-Tooth. Il a notamment contribué au dictionnaire encyclopédique de l’identité sur les sujets liés à la génétique et la médecine personnalisée (Folio Gallimard, à paraître cette année).